Les principales hypothèses de travail
La période étudiée est l’année 2002.
Les troubles du sommeil ayant lieu entre 23h et 6h sont pris en considération.
Le bruit d’avion est pris en considération dès lors qu’il dépasse 70db à l’extérieur de l’habitation. Un correctif est établi pour tenir compte des pics de bruit dans une zone du noordrand ou les valeurs moyennes observées sont de 74,75 db.
La différence de niveau de bruit entre l’extérieur et l’intérieur de l’habitation, fenêtre fermée, est de 21db.
La perturbation du sommeil est fonction du niveau de bruit et du nombre de passages d’avions.
Le nombre d’habitants concernés (selon les chiffres fournis par BIAC) s’élève à 191.273. Parmi ceux-ci, 123.619 subissent une fréquence moyenne de 3 passages par nuit (c’est à dire entre 1 et 5), 38.417 en subissent 7,5 (c’est à dire entre 5 et 10), 25.131 en subissent 15 (c’est à dire entre 10 et 20) et 4.556 subissent plus de 20 passages par nuit.
La probabilité de trouble du sommeil
Une corrélation est établie entre le nombre moyen de passages par nuit, le nombre d’habitants concernés pour chacune des fréquences ainsi établies et le risque de trouble de sommeil.
Avec une moyenne de 3 passages d’avions par nuit, 8,343 personnes sur 100 sont censées subir un trouble du sommeil. Cela permet d’établir que 10.314 personnes (123.619 x 0,08343) dans cette situation ont subi des troubles du sommeil en 2002.
Lorsque la moyenne monte à 7,5 passages par nuit, 19,571 personnes sur 100 vont être touchées. 7.519 sont concernés. Dans cette situation, 7.519 personnes subissent des troubles du sommeil.
A 15 passages par nuit de moyenne, 35,312 personnes sur cent vont être touchées. Dans cette situation, 8.874 personnes subissent des troubles du sommeil.
Au-delà, de 25 passages de moyenne, les troubles du sommeil vont concerner 51,615 personnes sur 100. Dans cette situation, 2.352 personnes subissent des troubles du sommeil.
Les effets sur la santé des troubles du sommeil
La méthode consiste à établir une comparaison entre le nombre de pathologies subies chez des populations qui sont sujette à des perturbations du sommeil par rapport aux moyennes nationales. Il est fait référence à différentes études épidémiologiques pour établir l’augmentation du risque engendré, pour chaque pathologie, par l’apparition de troubles du sommeil.
L’étude montre ainsi que :
- Le risque d’alcoolisme est multiplié par 2, 3. 16,1% des habitants survolés sont dès lors censés subir cette pathologie, au lieu de 7% qui est la moyenne nationale.
- Le risque de maladie cardiaque est multiplié par 1,9 (5,51% au lieu de 2,9%).
- le risque de diabète est multiplié par 1,57 (5,5% au lieu de 3,5%).
- le risque de dépression est multiplié par 4,0 (25,2% au lieu de 6,3%).
- le risque de mortalité serait multiplié par 1,71 (1,78% au lieu de 1,04%).
Une estimation du nombre de malades est ainsi faite, pathologie par pathologie, pour chaque zone de population dont le contour est délimité par la moyenne de passages d’avions par nuit.
Sur un total de 9.689 pathologies lourdes observées (supplémentaires par rapport à la moyenne nationale), il est possible d’établir que :
- 2.644 sont des cas d’alcoolisme
- 758 sont des cas de maladies cardiaques
- 580 sont des cas de diabètes
- 5.492 sont des cas de dépression
- 215 sont des cas de mortalité causés par accumulation de l’effet des troubles du sommeil en plus d’autres causes.
Sur ce même total de 9.689 pathologies, la méthode employée permet de déterminer que :
- 3.349 sont des cas observés dans la zone qui subit une moyenne de 3 vols par nuit.
- 2.507 pour la zone qui subit une moyenne de 7,5 vols par nuit.
- 2.960 pour la zone qui subit une moyenne de 15 vols par nuit.
- 783 pour la zone qui subit une moyenne de plus de 20 vols par nuit.
Sur base des données disponibles au mois de février 2004, le Professeur Lieven Annemans intègre les modifications induites par le plan de dispersion du Ministre Bert Anciaux. Il estime que ce plan rend possible une diminution de 19,5% de personnes concernées par des troubles du sommeil.
Il est à noter que le Professeur Annemans a utilisé les chiffres fournis par le cadastre du bruit théorique jugé par beaucoup d’observateurs comme susceptible d’être fortement corrigé par des mesures objectives sur le terrain effectuées au moyens de sonomètres. Cet aspect est abordé par Didier Gosuin, l'ancien Ministre de l'Environnement de la Région Bruxelloise, dans l'interview qu'il a accordé à notre revue fin mai 2004 (>>> voir l'article >>>). Selon lui, la méthode du Professeur Annemans ne prend pas suffisament en considération les pics de bruit. A Bruxelles et dans l'oostrand, les mesures par sonomètres officiels indiquent en effet des valeurs qui dépassent fréquement 80db, avec des maximums qui peuvent aller au-delà de 100db.
Les répercussions financières
L’étude distingue les coûts de soins médicaux des coûts de productivité et reprend des estimations faites dans d’autres études.
Il est à noter que les problèmes d’alcool, de dépression et les cas de mortalité génèrent des coûts de productivité proportionnellement plus élevés que dans le cas des autres pathologies. A noter qu’une estimation de 25.000 euros est fixée pour estimer forfaitairement le coût en perte de productivité d’un décès.
Sur un total de 149.991.730 euros de dépenses totales dues aux effets des vols de nuit sur la santé des riverains, la répartition des frais par pathologie est la suivante :
- 69.255.299 euros suite aux problèmes d’alcoolisme
- 65.204.348 euros suite aux dépressions
- 5.925.227 euros suite aux cas de mortalité
- 5.469.012 euros suite aux maladies cardiaques
- 4.137.844 euros suite aux cas de diabètes
Le plan de dispersion du Ministre de la Mobilité Bert Anciaux, dans l’état où il était défini au moment de l’étude, permet d’espérer une réduction des coûts de 29 millions d’euros, ce qui établirait le total à 120.000.000 d’euros par an à charge de la collectivité.
Le Professeur Annemans conclut en précisant que des coûts « intangibles » peuvent avoir été oubliés.