Analyses et points de vue sur la problématique des nuisances aériennes à Bruxelles et en périphérie
 
 
 

Pour recevoir régulièrement le sommaire de nos nouveaux articles, il vous suffit de nous envoyer votre adresse e-mail

Accueil | Mail






.
Interviews
..
Analyses
..
Notre démarche
.
Liens


Interview exclusive de Benoît Cerexhe


Ministre de l'Economie, de l’Emploi et de la Recherche scientifique
de la Région de Bruxelles-Capitale




Comment réagissez-vous à l’affirmation que Bruxelles ferait preuve d’égoïsme en refusant l’appel de Renaat Landuyt à sauver le plan de dispersion ?

Cela m’irrite au plus au point, et c’est peu dire ! Dans ce dossier, depuis des années, les politiques flamands ont pris l’habitude de constamment rejeter la faute sur Bruxelles sur base d’arguments qui n’ont rien d’objectif. Alors quand je dis « ras le bol », je suis encore mesuré. Au niveau du gouvernement fédéral, MM. Anciaux a géré ce dossier des nuisances sonores de manière partisane, clanique même. Malheureusement, avec la complaisance de leurs partenaires francophones. S’il y a de l’égoïsme dans ce débat, c’est dans leurs propos qu’il se trouve.

On veut faire croire que la Région bruxelloise met en danger l’existence de l’aéroport en refusant un plan de dispersion qui parait absurde en regard des pratiques existantes partout ailleurs en Europe. Pour moi, ce sont ceux qui refusent l’idée d’un retour à la situation de 1999 qui mettent l’aéroport en danger. La Région bruxelloise a fait cette proposition, qui d’ailleurs ne la satisfait pas idéalement, dans un souci de pacification et d’équilibre. Refuser cette main tendue, c’est vouloir le conflit pour le conflit. Nous devons cesser le conflit entre Régions. Ensuite nous pourrons construire un futur qui tiendra mieux compte des besoins légitimes de chacun et des habitants. Mais il faut poser en priorité absolue le retour à plus de sérénité. Ceux qui, comme le Ministre Landuyt, refusent cette solution de sagesse n’ont pour seul but que de maintenir les acquis tout à fait excessifs du plan Anciaux.

Affirmer que l’aéroport va fermer si l’on n’accepte pas un plan de dispersion est un chantage moral que je n’accepte pas. Le « clan » Anciaux a géré ce dossier en fonction de ses intérêts. Il faut arrêter de pointer du doigt Bruxelles, en l’accusant de n’importe quoi : cette attitude est observable dans d’autres dossiers que celui des nuisances aériennes. Chaque fois qu’il sera nécessaire, nous devrons dénoncer les accusations sans aucun fondement que l’on porte injustement à Bruxelles.

Il s’agit donc d’un problème assez fondamental et les accusations contre Bruxelles, en effet absurdes pour ceux qui connaissent ce dossier, ne sont pas pour vous un phénomène d’une importance mineure …

Certains en Flandre se croient malins en inventant de toutes pièces un « égoïsme bruxellois ». Ca permet de poser la Flandre en victime. Ceux qui le font pensent ainsi flatter leur « camp », mais en réalité ils ne font qu'encourager les réactions de repli identitaire. Les citoyens flamands qui ne connaissent rien de ce dossier complexe ne retiendront qu’une chose : la Flandre est brimée. C’est du pain béni pour les nationalistes. Je ne peux l’accepter.

Que pensez-vous du projet de loi adopté par le gouvernement fédéral qui, s'il est voté par le Parlement, figerait dans une loi et le principe de dispersion et le Plan Anciaux ?

On veut imposer la loi du plus fort – et pour le gouvernement fédéral c'est le gouvernement fédéral, sans plus prendre en compte l’intérêt général. L'attitude négative du gouvernement fédéral, presque méprisante, vis-à-vis du juridique, devient une constante déplorable. Quand on lit les récents jugements de la Cour d’Appel et du Conseil d’Etat, au-delà des décisions qu’ils contiennent, on peut voir à quel point les tribunaux évaluent sévèrement la mauvaise gouvernance dans ce dossier. Le gouvernement taxé d’irresponsabilité, loin de faire son mea culpa, répond par un projet de loi qui vise à museler les citoyens.

J’avais été très choqué lorsque le Ministre Landuyt avait déclaré qu’il aurait préféré payer les astreintes exigées dans le cadre du jugement en référé suspendant l’utilisation abusive de la piste 02. Pour un juriste de formation comme moi, et un démocrate convaincu, c’est tout à fait choquant

On entend souvent l’argument - central dans le discours de nombreux politiques flamands - que Bruxelles ne prendrait pas une part suffisante des nuisances de l’aéroport par rapport aux avantages qu’elle en tire. Qu’en pensez-vous ?

C’est un très faible argument. D’abord parce qu’en Flandre, la zone de l’aéroport de Zaventem est le second pôle économique en importance. Il n’existerait pas sans Bruxelles, qui comme capitale de l’Europe, a rendu possible la création d’un aéroport d’envergure internationale. Avant de taxer Bruxelles d’égoïsme, je crois qu’il faut qu’en Flandre on fasse une meilleure évaluation de l’immense apport de Bruxelles à la prospérité dans le Brabant flamand et au-delà.

Je crois qu’il faut arrêter de laisser répéter sans réagir cet argument absurde de la « dette des Bruxellois ». On n’a jamais entendu non plus qu’il fallait survoler davantage Malines ou Louvain parce parce qu’ils profitent de plus en plus des retombées positives de l’aéroport. Ce serait tout à fait idiot.

Il semble que maintenant, grâce au jugement de la Cour d’Appel, la Région bruxelloise dispose du moyen de refuser le plan de dispersion et de négocier sur base d’une position renforcée. Comment faut-t-il avancer sur cette base, selon vous ?

D’abord, je crois qu’il faut se souvenir que lors de la crise DHL, qui a été un affrontement très dur, nous avons su démontrer, au cdH, notre capacité à résister aux exigences disproportionnées qui étaient faites à la Région bruxelloise. Aujourd’hui, ce même principe de fermeté continue de guider le cdH dans son action.

Cet arrêt de la Cour d’Appel permet à la Région bruxelloise de renforcer considérablement sa position. Dans ce dossier des nuisances et de manière plus large dans le dossier institutionnel, certains dans ce pays considèrent encore que Bruxelles reste une sous-région. Dans le dossier DHL, en rupture avec le passé, le gouvernement bruxellois a pu faire entendre sa voix. On constate depuis lors que le gouvernement bruxellois parvient à s’affirmer beaucoup plus dans différents débats qui concernent l’ensemble du pays. L'arrêt de la Cour d'Appel reconnaît à Bruxelles le droit de faire valoir ses droits. C'est extrêmement positif, et je comprends que ceux qui souhaitent voir Bruxelles ravalée au rang de sous-région apprécient peu cet Arrêt. Mais il va leur falloir apprendre à vivre avec cette nouvelle réalité.

Il faut que chacun comprenne qu’à Bruxelles nous disposons des mêmes droits que les autres entités fédérées et que nous entendons bien les faire respecter.

J’entends que l’on essaie de faire passer certains Bruxellois et habitants de l’oostrand pour des « enfants gâtés », des bourgeois qui passent leur temps à faire des barbecue dans leur joli jardin. Je ne pense pas que l’on soit un enfant gâté lorsqu’on veut simplement faire respecter ses droits.

Nous avons, par ailleurs, ailleurs toujours montré une volonté constructive. Dans le dossier DHL, nous étions venus avec un certain nombre de propositions. A l’époque, comme aujourd’hui, Bruxelles n’émet aucun diktat. Nous avons dès l'annonce de l'arrêt de la Cour d'Appel fait preuve de bonne volonté en acceptant de postposer d'un mois la signification de ce jugement, alors que nous aurions très bien pu l'imposer immédiatement pour exiger des astreintes. Nous avons donc proposé un délai d'un mois, afin d'inviter nos partenaires à se réunir autour de la table et négocier.

Mais cela signifie que Monsieur Landuyt devra nous respecter et ne non pas venir nous dire que le plan Anciaux est un tabou. Car nous ne pouvons accepter que le plan Anciaux soit un tabou. Cela, pour nous, est « onbespreekbaar ». La Région bruxelloise est une Région à part entière qui a autant de poids sur l’échiquier belge que les autres Régions.

Au cdH, nous pensons que ce sont les citoyens qui comptent en premier dans ce dossier, quelles que soit leur langue, leur lieu d’habitation ou leur niveau social présumé. Nous devons essayer de sortir par le haut en trouvant des solutions où tous les citoyens y gagnent par rapport à la situation où ils étaient avant les plans Anciaux et Durant.

La Région flamande prépare la mise en place d’un gigantesque plan de développement économique de la zone aéroportuaire de Zaventem, le plan START. Les investissements, financés par le fédéral et le régional, devraient dépasser les 800.000.000 d’euros. Pensez-vous qu’il est normal qu’une telle entreprise ne soit pas réalisée en concertation avec la Région bruxelloise ?

C’est un problème général. Malheureusement, aujourd’hui dans notre pays les plans de développement se font sans aucune concertation avec les régions voisines. Nous pouvons sans doute battre notre coulpe également. Nous avons lancé, en Région bruxelloise, un vaste plan pour l’économie et l’emploi. Nous n’avons pas pas plus que les Flamands et les Wallons, entrepris de concertation avec les autres régions dans l’élaboration de ce plan. Or, il y a énormément de dossiers de cet ordre qui correspondent à des enjeux qui dépassent le cadre d’une seule région. Le RER, le TGV, tout comme le développement de l’aéroport de Zaventem, tous ces dossiers vont au-delà du fait régional et ont une dimension interrégionale. Je déplore cette absence de concertation dans des projets de telle envergure.

Tout le monde dénonce l’incohérence de la politique urbanistique menée en Flandre qui permet depuis des années la création de nouvelles zones résidentielles autour de l’aéroport. Cela induit-t-il une responsabilité particulière de la région flamande dans la gestion des nuisances ?

Ma réponse est clairement oui. C’est un peu comme quand on laisse construire des maisons, dans d’autres pays, sur des zones inondables. Les pouvoirs publics avertis du risque portent la responsabilité d’avoir laissé faire. C’est la même chose. La politique urbanistique autour de Zaventem, ou plutôt cette absence de politique urbanistique en Brabant flamand, a mené aux énormes difficultés que nous rencontrons actuellement. C’est une responsabilité historique de la Région flamande et il est équitable qu’elle l’assume en l’intégrant dans la recherche d’une solution globale équilibrée.

J’entends que les représentants de la firme DHL, lorsqu’il font l’exposé public de leur analyse de ce qui est arrivé à Zaventem, portent de lourds reproches aux responsables de cette mauvaise gestion urbanistique autour de l’aéroport. Lors du colloque sur les vols de nuit organisé par le Comité des Régions, ils ont montré les photos de constructions neuves survolées à ras de toiture par des avions.

En Flandre, il faut accepter l’idée que l’on doit assumer la responsabilité de ses erreurs. Si des frais sont induits par ces erreurs, comme l’expropriation, l’isolation des maisons ou des indemnités forfaitaires compensatoires, la Flandre doit accepter d’en assumer une part en proportion de ses responsabilités.

L’idée de disperser les nuisances, absente partout ailleurs en Europe, est apparue chez nous notamment parce que les zones de dégagement nécessaire au développement de l’aéroport n’ont pas été suffisamment préservées.

Vous faites un jugement très sévère du principe de dispersion qui, aux yeux d’une grande partie de la classe politique flamande, correspond à une exigence légitime de la population du Noordrand. Que répondez-vous à cet argument ?

Les récentes décisions de justice contribuent toutes à démontrer que le principe de dispersion n’apporte guère de solution respectueuse des droits individuels. Si on veut que ces droits soient respectés pour tous, y compris dans le Noordrand, il faut une trouver une autre stratégie que la dispersion.

On peut comprendre que la logique de dispersion plaise à ceux qui voudraient niveler les droits de toute personne qui vit dans un large rayon de l’aéroport. Mais cette logique avantage tout à fait ceux qui sont venus habiter dans des quartiers construits bien après le développement de l’aéroport, souvent même en connaissance de cause de l’état des nuisances. Or, il faut bien faire remarquer que ces quartiers sont beaucoup plus nombreux au nord du Brabant flamand qu’en Région bruxelloise ou dans l’Oostrand. On peut comprendre que ceux qui bénéficient aussi largement de la logique de dispersion y soient beaucoup plus attachés que ceux qui y perdent.

Donc, entretenir l’amalgame entre deux situations aussi différentes, c’est abusif.

Quelle vision à long terme défendez-vous pour une gestion adéquate du problème des nuisances aériennes de l’aéroport de Bruxelles-National à Zaventem ?

Nous continuons au cdH à plaider pour le principe de concentration en lieu et place du principe de dispersion. Il faut revenir à une concentration des survols, avec les nécessaires mesures correctrices comme l’expropriation et l’isolation. C'est, à mes yeux, la moins mauvaise des solutions

Il faut aussi que l’on puisse aborder la question du plafond de nuisance totale de l’aéroport. Il est indispensable de prendre conscience qu’il existe une charge totale de bruit que l’on ne peut pas dépasser compte tenu de la proximité de l’aéroport avec des zones fortement peuplées.

Ensuite, il faut se dire que si l’on veut développer les activités aéroportuaires en Belgique, il y a des synergies à trouver entre les aéroports. On a vu que l’aéroport de Bierset et de Charleroi sont ouverts à cette logique. Et plus tard peut-être, mais c’est à envisager sur le long terme, penser à la création d’un aéroport complémentaire. Mais il ne faut pas leurrer les gens en leur faisant croire des choses qui ne peuvent pas être présentées comme certaines. Un tel projet de création d’un second aéroport international est par nature un projet fédéral et prendra, s'il voit le jour, de très très longues années.

A Zaventem, l’aéroport de nuit ne fait-il pas du tort à l’aéroport de jour ?

Les vols de nuit font exploser la somme globale des nuisances. Le maintien des vols de de nuit, supposera que l'on suive le modèle de Bierset qui est le seul à apporter une stabilité juridique suffisante. L’indemnisation, sous forme d’expropriation ou disolation acoustique, est une formule équitable.

En cas retour à la situation de 1999, comme la Région bruxelloise l’a suggéré, il y aura en effet certains quartiers bruxellois qui devraient subir plus de nuisances qu’aujourd’hui. Quel message voudriez-vous adresser aux personnes concernées ?

La proposition d'en revenir à la situation de 1999 est avant tout une main tendue faite, de manière responsable, au gouvernement fédéral afin que nous puissions nous mettre à table autour d'une proposition potentiellement acceptable pour toutes les parties. Mais pour le cdH, très clairement, le retour à la situation de 1999 n’est qu’une étape transitoire. La situation de 1999 était loin d’être parfaite pour tous les Bruxellois. Les excès étaient certes moins flagrants qu’avec le plan de dispersion, mais, en tout état de cause, il ne peut s’agir que d’une solution provisoire en attendant la finalisation d’un vrai cadastre du bruit accepté par toutes les parties.

Le retour à 1999 doit être une première étape vers une évolution qui conduira à une situation viable pour tous. Le cdH est disposé à rencontrer les associations de riverains pour réfléchir avec eux de la meilleure manière de parvenir à une solution durable.

Nous savons tous très bien, politiques flamands et francophones, que le retour à 1999 ne suffira pas à régler tous les problèmes, ni à Bruxelles ni dans le Noordrand. Mais une fois revenus à ce nouveau point de départ, on peut espérer qu'il y ait un désir partagé de trouver des solutions équilibrées en ce qui concerne l’aéroport. Une remise à plat est indispensable entre interlocuteurs raisonnables. Par cette voie, nous pourrons y parvenir, j’en suis sûr.

On commence à apercevoir que deux axes logiques se profilent pour le devenir de Bruxelles dans un contexte d’affaiblissement du système fédéral. Il y a d’une part une logique de « Bruxelles-citadelle », que d’aucuns diront assiégée et qui se défendrait d’un hégémonisme flamand par un repli sur son territoire. Il y a d’autre part une logique du « Grand Bruxelles » basée sur un modèle de développement intégré qui s’appuierait sur des structures à créer de concertations entre les trois entités que sont la Flandre, Bruxelles et la Wallonie. Pour vous, par rapport à ces deux repères, quel peut et doit être le devenir de Bruxelles ?

Il faut voir les choses de manière large et étendue, en concertation avec nos voisins. D’une manière ou d’une autre, nous allons devoir formaliser une structure de concertation. Personnellement, je plaide pour une réflexion approfondie sur le concept de « Communauté urbaine », c'est-à-dire une organisation vouée à la coordination de certaines politiques entre Bruxelles et sa périphérie large. Le carcan formé par les 19 communes qui composent son territoire ne correspond en rien à la réalité de ce qu’est vraiment Bruxelles.

Nous sommes la seule grande ville au monde qui se trouve dans une telle situation d’enfermement et de limitation de sa capacité d’extension. Partout ailleurs sur la planète les villes se développent progressivement autour d’un noyau urbain, sans que l’on cherche à empêcher ce processus naturel. Nous devons sortir de cette logique et chercher le moyen de développer les concertations entre entités voisines pour gérer plus efficacement le domaine économique, la problématique de la mobilité, celle de l’aménagement du territoire et des grandes infrastructures et, évidemment, les questions d’environnement. Je suis persuadé que par l’harmonisation et la synergie, nous pouvons créer une énorme plus-value par rapport à une situation d’opposition et de guerre de tranchées. Un cadre de gestion mieux intégré entre les trois régions concernées, sur des politiques précises, devrait permettre un meilleur développement mutuel et une importante création de richesse pour chacune d’elles.

Comment qualifiez-vous le rôle joué par la BIAC dans le dossier des nuisances sonores? Selon vous, leurs compétences s’exercent-t-elles en parfaite impartialité ?

On ne peut en effet certainement pas dire que la BIAC soit un élément impartial dans ce dossier. C’est même le moins que l’on puisse dire. On a vu à quel point son ancien Président Pierre Klees a pu faire preuve de mépris vis-à-vis de la population. Celle-ci a ressenti un sentiment de révolte à juste titre. Cela a contribué à envenimer les choses et à stimuler les oppositions. On voit aujourd’hui que la nouvelle gestion de la BIAC ne semble pas avoir bien compris ni la situation actuelle ni la leçon du passé. Quand je lis dans Le Soir que Monsieur John Tent, qui dirige désormais la BIAC, se permet d’émettre un jugement sur la gestion des nuisances sonores de l’aéroport, je constate qu’il prend position dans un dossier politique. Lorsqu’il affirme que la situation actuelle est satisfaisante, c'est-à-dire que le plan de dispersion lui parait devoir être entériné, il se range résolument du côté du Ministre Landuyt avec laquelle la Région bruxelloise est en plein désaccord.

Le plan Anciaux a été sans cesse attaqué devant les cours et tribunaux, il a fait l'objet de condamnations très dures. Le principe de dispersion est apparu de plus en plus affaibli du fait de décisions de justice successives. Pourtant, le gouvernement fédéral veut faire le sauvetage du principe de dispersion en figeant la situation dans une loi. Pourquoi le MR et le PS ont-ils permis le cadeau de cette loi de dispersion, alors que cela ne figure même pas dans l’accord de gouvernement ?

Si Renaat Landuyt a soudain accepté de bon gré les injonctions de la justice, en essayant de les figer dans son projet de loi, c’est bien parce qu’il réalise que c’est tout le plan de dispersion qui risque de bientôt passer à la trappe. La logique de dispersion crée une situation ingérable.

Didier Reynders le sait aussi bien que Landuyt. S’il a accepté ce projet de loi, il n’y a qu’une explication possible : la direction du MR ne fait pas grand cas des intérêts des Bruxellois, et encore moins des habitants de la périphérie est. Une chose est certaine : tant que le SPA-Spirit considérera que le plan de dispersion est une priorité, au risque de créer une crise gouvernementale, le MR semblera en position d’accepter les mauvaises solutions qu’on lui soumettra. Un parti socialiste flamand rigide à l’excès et un MR étonnamment souple, voilà ce qui a rendu possible la situation de désordre à laquelle nous assistons aujourd’hui. Il faut donc autant blâmer l’attitude maximaliste d’Anciaux and Co que l’attitude minimaliste du MR. Celui-ci, avec des personnalités aussi fortes que Louis Michel ou Didier Reynders, aurait dû jouer un rôle d’équilibrage.

Le MR prétend pourtant être actif dans la défense des intérêts des habitants de Bruxelles et de l’Oostrand …

Il faut que ces mensonges cessent ! On essayera en vain de faire l’addition des survols injustifiés de Bruxelles ou de l’oostrand que le MR et le FDF auront réussi à épargner aux victimes du plan Anciaux. Le compte est vite fait : il n’y en a pas un seul. Toutes leurs déclarations n’ont été que des rodomontades. Ils n’ont obtenu aucun résultat concret, zéro, alors qu’ils sont membres du gouvernement fédéral. On peut dire que 100¨% des survols abusifs suscités par le plan Anciaux ont été rendus possible par la volonté du MR de s’accrocher coûte que coûte au gouvernement fédéral.

On vous sent très critiques vis à vis du MR ; et même réellement indigné, en fait …

Je suis effectivement indigné de voir un parti qui s'est toujours présenté comme le défenseur de Bruxelles, le défenseur des francophones, accepter de manière aussi complaisante un projet qui détruit la qualité de vie des Bruxellois et qui impose à la Région bruxelloise de se soumettre aux diktats de certains flamingants.

Je suis aussi irrité de voir le MR tenir systématiquement un double discours. Les élus MR se présentent sur le terrain, dans les communes bruxelloises et de la périphérie, comme les meilleurs défenseurs des riverains, alors que les membres MR du gouvernement fédéral acceptent tout ce que leur présentent Anciaux et ses amis en la matière. Le dernier accord marqué par le MR au projet de loi de dispersion de Renaat Landuyt est à ce titre édifiant et sidérant.

Votre jugement est-t-elle aussi sévère à l’encontre du FDF qu’à celui du PRL ?

Oui, certainement. Moi je n’ai jamais vu Monsieur Maingain menacer de quitter la fédération MR pour marquer son refus de la politique menée par son parti au niveau du gouvernement fédéral. Quant à Monsieur Gosuin, quand il était en charge de l’Environnement comme Ministre bruxellois, il a accepté de suspendre l’application de son Arrêté Bruit. Donc, l'extrême faiblesse du FDF se mesure dans ce dossier comme elle se mesure dans d'autres dossiers, institutionnels notamment.

Quelle évaluation faites-vous de la gestion du MR au niveau communal dans le dossier des nuisances aériennes ?

Ce plan a été mis en place par le gouvernement fédéral, parce que chacun de ses membres dont le MR l’ont bien voulu. Le plan Anciaux a été une décision collégiale de tout le gouvernement fédéral. Il est clair que certains élus communaux du MR peuvent être considérés comme des victimes de la politique menée par la direction de leur parti. Mais des victimes qui acceptent, soit parce qu'elles sont consentantes, soit parce qu'elles sont impuissantes, finalement le rôle qui est leur est imposé par Louis Michel d'abord, Didier Reynders ensuite.

A Schaerbeek, commune durement touchée par le plan Anciaux, le bourgmestre FDF a lui aussi maintenu un quasi silence radio sur ce dossier depuis le début.

Par rapport à un dossier comme celui des nuisances aériennes, quelle est selon vous l’apport que peut donner la spécificité humaniste ?

Ma ligne de conduite et mon engagement politique, c’est mettre la personne humaine au centre de mes préoccupations. Depuis que je fais de la politique, mon projet a toujours été celui-là. Comme Ministre de l’Economie à Bruxelles, dans une région ou la situation du chômage est douloureuse, c’est encore plus difficile de travailler à la recherche d’un équilibre entre logique de développement économique et respect de la personne humaine.

Malgré cela, j’ai de manière volontariste appliqué le principe de l’humain d’abord dans cette problématique des nuisances sonores. Au moment de l’affaire DHL, nous avons été confrontés à cette difficulté de choix entre des priorités divergentes. DHL proposait en effet de faire des efforts pour engager de la main d’œuvre bruxelloise peu qualifiée. Cela a mérité réflexion. Mais j’ai considéré qu’au nom de l’emploi on ne peut pas non plus tout faire. Il y a un certain nombre de limites qui doivent être fixées en fonction de la santé de la population et d’un minimum de qualité de vie à lui assurer pour que le respect de la personne humaine soit pris en compte comme il le doit. Quand un décideur politique place le citoyen, comme être humain, au premier plan de sa réflexion, il applique une méthode. C’est ce que fait le cdH : réfléchir à l’humain d’abord. C’est encore le meilleur moyen pour ne pas l’oublier.

Je voudrais également dire que dans le dossier des nuisances aériennes, contrairement à tous les autres partis, personne ne peut rien reprocher au cdH. Objectivement, personne ne peut douter que la direction du cdH est capable de défendre avec beaucoup de vigueur nos convictions. Pendant la crise DHL, chacun a pu constater que le cdH a fait preuve de fermeté dans la défense de ses convictions humanistes. Ce que nous avons pu faire une fois, nous pouvons le refaire.

Ce dossier a suscité une large réflexion sur la dimension éthique de la problématique. Comment parvenir à une solution équitable, selon vous ?

Le cdH a fait de la réflexion éthique son cheval de bataille. C’est le cas en ce qui concerne la pratique des agents politiques que sont les mandataires ou les élus. Notre formation ne cesse de proposer l’amélioration des bonnes mœurs politiques en multipliant les initiatives.

Nous menons une réflexion permanente en vue de faire progresser l’idée que le politique est au service du citoyen. L’éthique est aussi en point de mire de la réflexion humaniste lorsqu’il s’agit de définir des politiques concrètes dans les sujets qui soulèvent la question du respect de l’Autre. Pour nous humanistes, le respect est au cœur de notre engagement politique.

Existe-t-il un moyen, selon vous de faire évoluer par le haut ce difficile dossier des nuisances aériennes ?

Il faut d’abord comprendre qu’il y a un enjeu de civilisation dans le dossier des vols de nuit. Pouvons-nous accepter que des gens souffrent, car le manque de sommeil est une souffrance, même pour créer des emplois ? Quelle valeur peut avoir une société qui sacrifie délibérément la santé et le développement d’une partie de ses membres pour fonctionner et créer de la richesse ? Ce n’est pas ce que le cdH veut pour l’homme. L’histoire montre qu’il est aussi possible de créer de la richesse par l’invention, la mobilisation, la détermination. Autour de Zaventem, qui est une zone économique particulièrement dynamique, il existe de nombreux autres moyens que la multiplication des vols de nuit pour créer des emplois. Au cdH, nous pensons qu’il existe un génie humain qui permet de dépasser les difficultés. C’est pourquoi, dans un dossier particulièrement difficile comme celui des vols de nuit, nous défendons la logique du mieux, même si une difficile remise à plat générale est nécessaire pour y parvenir.

La population qui a été victime du Plan Anciaux est encore très choquée de la brutalité avec laquelle on a entrepris de changer leur cadre de vie, à certains endroits de façon très radicale. Quel message voulez-vous lui adresser ?

Il y a malheureusement dans notre pays une tendance à créer de manière récurrente des conflits entre communautés linguistiques. Cela peut évidemment conduire à susciter des situations très brutales pour les citoyens. Il n’y a pas d’autre antidote que de faire preuve de combativité pour se défendre et rappeler, constamment, que les droits démocratiques de chaque citoyen sont une exigence primordiale. C’est pourquoi la bonne gouvernance, l’éthique, toujours guidés par le respect de l’individu, sont au centre de notre réflexion et de notre action. Dans une époque où le repli sur soi, notamment identitaire, est en train de prendre de plus en plus d’importance, c’est une absolue priorité.



Propos recueillis par Gauthier van Outryve le 28 juin 2005 auprès de Benoît Cerexhe.

Le texte de l’interview a été relu et approuvé avant publication.