Analyses et points de vue sur la problématique des nuisances aériennes à Bruxelles et en périphérie
 
 
 

Pour recevoir régulièrement le sommaire de nos nouveaux articles, il vous suffit de nous envoyer votre adresse e-mail

Accueil | Mail






.
Interviews
..
Analyses
..
Notre démarche
.
Liens

Les opposants à DHL : NIMBY ?


Les partisans de BIAC et de DHL qualifient leurs opposants - les riverains - de nimbistes. (de l’anglais NIMBY – “ Not In My Back Yard”, « Pas dans mon jardin » en français). Cette qualification péjorative sous-entend que les riverains, pétris d’égoïsme dans la défense de leurs intérêts particuliers, s’opposent à un intérêt général indiscutable. Nous sommes donc accusés – ni plus ni moins- de vouloir entraver le développement de la collectivité pour des considérations bassement individuelles de confort.

La conjoncture économique qui règne fait du projet DHL un projet attendu par de nombreux intervenants :

• DHL dans la recherche de son expansion et une place de numéro un mondial dans le secteur

• BIAC qui génère une très grande part de ses revenus grâce aux vols de nuit

• La Région flamande pour l’extension du pôle logistique de Zaventem et les emplois créés (même s’ils sont peu qualifiés et bien moins nombreux que le dit la société de courrier express)

Que reprochent - ils aux riverains ?

• d’avoir fait bien avant l’implantation de DHL le choix de vivre dans un cadre résidentiel, calme, paisible, sûr, propre et aéré, tout en conservant la source de rémunération qu’est l’emploi en ville. Pourquoi s’y installer et vivre si c’est pour voir détruire ce qu’ils sont venus y chercher ?

• de mettre en doute le bénéfice net des vols de nuit et la pertinence du projet d’extension de DHL pour la société dans son ensemble : aucune garantie sur le nombre d’emplois, aucune garantie sur le niveau des nuisances sonores.

• de ne pas accepter les effets négatifs sur l’ (leur ) environnement qui étaient autrefois ignorés ou perçus comme un « mal nécessaire », corollaire inéluctable du progrès technique

• de ne pas accepter d’être tenus à l’écart, de ne pas être informés et encore moins consultés

Les riverains ne nient pas que DHL et BIAC soient porteurs d’emplois mais ils ont démontré que l’impact économique réel de leurs projets est négatif si on prend en compte tous les impacts négatifs sur l’environnement et la santé (dont ils sont bien évidemment les premières victimes). Se préoccuper du bruit, ce n’est pas un luxe de riches : c’est simplement une question de santé et - pour un nombre non négligeable de riverains- une question de survie. Ignorer cette réalité, c’est méconnaître les graves conséquences du bruit sur la santé.


Un NIMBY utilise des arguments individualistes et subjectifs qui ne s’appuient pas sur des études scientifiques et des grilles d’évaluation rigoureuses. Au contraire les riverains de l’aéroport s’appuient sur des normes OMS internationalement reconnues, des mesures de sonomètres (que DHL, BIAC et la région flamande craignent de voir se multiplier), des études de santé publique menées par des spécialistes universellement reconnus… (commandées par les autorités elles-mêmes).

Personne ne veut au fond de son jardin une ligne à haute tension, une autoroute, une ligne de TGV, une centrale nucléaire, une décharge publique, un site de stockage de produits dangereux ... Mais une enquête de 1993, réalisée en France, montre que la proximité d’un aéroport est encore moins acceptable socialement. De tous les aménagements, seul un site de stockage de produits radioactifs suscite un rejet plus grand que les aéroports.

Plutôt que d’enfermer les riverains dans une position illégitime et les fustiger pour leurs réactions égoïstes, BIAC et DHL auraient intérêt à reconnaître l’objectivité et la rationalité des populations assaillies par les vols de jour et de nuit. Faute de quoi, ils accentuent leur réactivité et intensifient le conflit.


Une des difficultés majeures- aujourd’hui - vient du fait que BIAC, DHL , le gouvernement fédéral et la province du Brabant Flamand ont manqué de transparence et ont, par conséquent, dans ce dossier, perdu toute crédibilité (négociations secrètes, marchandages en coulisses, octroi de permis d’environnement sans débat public, manque de dialogue et de clarté…)

Que faire ?

• Planifier et prévoir les impacts à long terme

Toutes les alternatives n’ont pas été explorées (délocalisation de certaines activités aéroportuaires, développement d’autres routes aériennes, développement d’autres sites loin des concentrations urbaines, développement d’autres activités logistiques : Zaventem n’est même pas sur une ligne TGV …)

• Prendre en compte tous les aspects : économiques, techniques, sociaux, politiques, environnementaux

Plus que jamais, et a fortiori dans un pays aussi densément peuplé que le nôtre, l’espace est l’enjeu de nombreux conflits entre différents acteurs qui cherchent à se l’approprier. Avoir une réflexion plus globale sur l’aménagement du territoire est une impérieuse nécessité.

• Informer, consulter et faire participer tous les intervenants.

• Opter pour l’ouverture, la transparence, la non-confrontation, un climat d’échange et la concertation dans le respect mutuel.


Ni au cabinet Anciaux, ni à Grand-Leez au printemps, ni rue de la Loi cette semaine, les riverains n’ont vu le moindre indice de ces méthodes pourtant pratiquées avec succès à l’étranger et pronées par les spécialistes en la matière.



Yves Dufrane

Wezembeek-Oppem

23 septembre 2004